Les émeutes de novembre 2005 avaient révélé les dysfonctionnements d’un système de gestion politique ressemblant fortement aux modes de gestions des colonies françaises (infantilisation, ghettoïsation, culpabilisation, fabrication et entretien de communautarismes ethniques et religieux, stigmatisation) et semblaient pouvoir être le déclencheur du changement des mentalités et des comportements politiques de nos élus de droite et de gauche, qui sont loin des réalités de ces quartiers dits populaires.
Malheureusement, les neufs mois passés nous prouvent bien au contraire que ces acteurs politiques qui déclarent avoir le souci de ces populations en difficultés, sont et restent dans une forme d’autisme politique. Incapables pour l’immense majorité de prendre en compte la contribution des quartiers populaires, d’écouter ces « jeunes issus de l’immigration » qui construisent un discours et apportent leur contribution au débat démocratique, ils préfèrent mettre en place des listes de beurs en vue des élections et continuer à entretenir un communautarisme qu’ils dénoncent devant les caméras.
Il serait quand même temps d’avoir le courage politique d’affronter la réalité : les quartiers populaires sont devenus des déserts politiques, des lieux de fatalité sociale où la seule alternative réelle et sincère est l’autonomie d’un mouvement de résistance global face aux discriminations et face aux injustices en tout genre.
Il est facile de dénoncer les exclusions subies par les familles victimes des lois Sarkozy, et de ne pas voir que les quartiers populaires sont des zones d’exclusion depuis des années. Exclusion économique, exclusion culturelle, exclusion politique, voila la réalité à laquelle il faut remédier aujourd’hui.
[*Pas à Pas*], forte de deux années de travail qui font suite à des expériences multiples, est aujourd’hui renforcée dans sa conviction que la citoyenneté égalitaire est un noble combat et qu’il ne se mène pas seul.
Un nouveau type de mouvement socio-politique est nécessaire, qui soit le produit et l’expression des révoltes des exclus sociaux et des catégories discriminées, en même temps que le creuset d’une recomposition des solidarités et aspirations à un véritable « vivre ensemble » dans une démocratie sociale et politique à inventer. Cela implique une volonté d’analyse critique des échecs et des apports de toutes les expériences à prétention universaliste, et des résistances aux oppressions qu’elles ont portées. La conscience, la mémoire, la connaissance de ces expériences et des droits qu’elles ont fait naître, sont essentielles pour construire un avenir basé sur un universalisme qui ne soit pas abstrait et auto-proclamé en cachant de fait des rapports de domination. C’est dire que nous avancerons sans maître à penser, le plus collectivement possible.[1]
Enfin, nous espérons que les élus, qui ont tous été invités, aient pris la réelle mesure des défis qui s’offrent à notre république, et aient compris que la meilleur manière de réussir une épreuve commune et de solliciter le concours de tous.


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