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Ô vous les fossoyeurs de la réalité historique !

Certain-e-s ne comprennent pas (ou font mine de ne pas comprendre ou ne souhaitent pas comprendre) les prises de position de Pas à Pas et d’autres associations dites "de quartier" (qui sont en fait une voix parmi d’autres issue des quartiers de France et parlant à toutes-s au niveau local/régional/national)

Certain-e-s pensent que parce que nous refusons et dénonçons les discours réactifs - et je serais tentés de dire réactionnaires - de certains, nous défendons et excusons la criminalité ou la délinquance en générale.

Il est tentant pour les gens à courte vue, de criminaliser à un temps t, un ou des individus pour les faits (délinquances ou crimes) qu’ils ont commis. Je dis mois même : que la police et la justice fassent leur travail. Je défends et respecte cela.

Mais il est aussi très facile d’aller sur le terrain glissant de l’immédiat/réactif en oubliant le les notions plus complexes et difficiles, donc demandant plus d’efforts, de l’histoire que nous portons TOUS. Les responsabilités de ce qui se passe en France sont partagées.

Partagées entre les individus et les structures. Partagées entre l’état et le citoyen, entre la famille et ses membres, entre l’éducation nationale en tant que service de l’état, les individualités qui composent le corps enseignant ainsi que les élèves et les parents d’élèves, entre la police en tant que service de l’état et les individualités qui composent cette police.

Oui il y a des attitudes criminels. Il y en a toujours eu, et malheureusement, je pense qu’il y en aura toujours.

Mais réfléchir uniquement en terme de criminel/justice/prison n’aide pas à la compréhension des phénomènes, et n’aide pas à la prévention de futurs phénomènes du même type. Criminaliser les parents sur la faillite supposée de leur éducation est irrespectueux vis à vis de gens qui comme tout un chacun éduquent leurs enfants dont certains se sont tournés par facilité et absence d’espoir social vers la délinquance ou la criminalité.

Il est très facile d’éliminer les responsabilités collectives au profit des responsabilités individuelles uniques, surtout si les individus en question sont les marginalisés de la société. Il est plus facile d’accuser certains parents, ou d’anciennes générations en décalage, de déficit d’éducation que de se demander si l’école de la république n’a laissé personne sur le bord de la route.

Et les discours essentialisants du type "les parents n’ont qu’à surveiller leurs gamins" sont tout sauf issu de la compréhension de notre société et de la volonté de compréhension. Ils ont justes issus de la volonté de trouver des coupables, les mêmes, toujours les mêmes.

Trouver des coupables. Comme si trouver les coupables temporels aidera à la prévention des mêmes phénomènes dans le futur, surtout si la justice est dure avec certains coupables et souple voir inexistante avec d’autres. En effet, il n’est plus à prouver quel justice des riches n’est pas la même que celle des pauvres.

Coupable juridiquement pour des faits avérés et prouvés, oui. Coupable temporellement de brûler des voitures oui, mais innocents des politiques de ghettoïsation et des subventions magiques qui font vivre les élus, leurs cabinets, et les entreprises du BTP.

- Innocents des corruptions d’état et de détournement d’argents publics qui ne montrent pas le bon exemple.
- Innocents des instrumentalisations politiciennes de gauche et du paternalisme séculaire de la France bien pensante qui entend donner des leçons de morales aux non-civilisés et aux mal éduqués des quartiers.
- Innocents de l’accaparement des richesses par le petit nombre qui laisse stagner le grand nombre avec des "minimas sociaux" bienveillants.
- Innocents des politiques capitalistes meurtrières qui laissent les gens sur le trottoir au su et au vu de tous.
- Innocents des politiques racistes et néo coloniales qui prétextant libérer La femme excluent bel et bien des femmes de la vie publique.
- Innocents des crimes de la police, qui depuis Malik Oussekine (1986) jusqu’à Ali Ziri (2009) réclament justice et l’obtiennent rarement.

Qui plus est, et il faut avoir le courage de se poser ces questions et d’en débattre, les relations quartiers/police sont fortement "entamées", et le rôle de la présence et des méthodes de la police doivent aussi faire l’objet d’une mise à plat et d’un re-questionnement. (exemple flagrant avec l’utilisation de la clé d’étranglement dénoncée par l’Europe. Voir la campagne Police personne ne bouge ?!? www.fsqp.fr)

En tant que citoyens - et militants - , il est de notre devoir d’aider et de faire la promotion de cette aggiornamento nécessaire et urgent car la police est un service de l’état pour lequel nous "payons", et l’état nous "appartient".

La police est-elle ou va-t-elle devenir un outil uniquement répressif au service de l’état et pour la protection des intérêts politiques des gouvernements successifs ?

Nous demandons ces débats et nous n’entendons pas nous laisser criminaliser ou instrumentaliser sous prétexte que nous posons des questions qui dérangent et que nous ne crions pas avec la meute.

Philippe Robin, Pas à Pas

Cet article s’appelait initialement "Ô vous les réactionnaires !"