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Entretiens

Nous donnons, aujourd’hui, la parole à deux acteurs associatifs de la ville de St Martin d’Hères : Zacharia Ben-Elkrafi (CMM) et Xavier Denizot (Terrasses Renaudie). Ils étaient tous deux présents au conseil municipal du 30 mars dernier, ils vous livrent leur analyse. Quant à nous, nous nous apercevons non sans surprise que la majorité et l’opposition se retrouvent main dans la main sur le sujet du futur lieu de culte. Quand il s’agit de la gestion de l’islam, la pensée unique fait son apparition. Sur quoi sont-ils unis ? Sur le fait que mosquée soit un mot tabou ? Sur le fait qu’il ne faut pas trop donner à cette population qui dérange tellement l’espace publique en priant dehors. « Pour que les habitants n’aient pas à scruter les gens priant sous leur fenêtre. » dixit le maire dans le dernier SMH mensuel. C’est certain, ne dérangeons pas les citoyens agacés par tout ce prosélytisme islamique. Cela dit, les premiers à subir cette situation sont bien les musulmans eux-mêmes. Mais le conseil écoute plus volontier ceux qui demandent 2 minutes de bus que les 20 ans de présence des musulmans martinérois.

[*Entretien avec Xavier Denizot, président de l’association Terrasses Renaudie, St Martin d’Hères, Isère.*]

Quid (quand est-il) de l’éthique de la mairie.

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Xavier Denizot

St-Martin-d’Hères est une commune où l’Islam est pratiqué. Le lieu, avenue Edmond Rostand, est au coeur de la communauté musulmane. Ce lieu, inadapté aujourd’hui, offre peu de possibilités d’évolution. Il est donc normal d’envisager une autre implantation, suite à une mise à plat des besoins, pour une sortie par le haut, pour un lieu adapté, décent, pratique, plus grand, desservi, et ce de façon durable.

Les gestionnaires historiques de l’actuel lieu de culte n’envisageaient certainement pas une évolution si radicale : un autre lieu, un projet d’ampleur. Ils ont certainement, et c’est compréhensible, appréhendé cette évolution à venir, modifiant le train-train, les habitudes, et peut-être aussi craignant le feu des projecteurs. Pour vivre heureux…

Passés les épisodes de frottements, l’idée germe, et entre autres, Zacharia Ben-Elkrafi, architecte/militant, prend la chose à coeur et s’investit dans le projet de construction de la future mosquée. Adroitement ou maladroitement, peu importe. L’idée plaît. Les gens commencent à y croire, reste à transformer le rêve en réalité.

Ensuite, c’est le quotidien : les points de vue, les commentaires avant match, les commentaires après match, la jalousie, les petits et les grands calculs, et les interventions extérieures… la politique et la boulitique. Les “anciens” craignant d’être “dépossédés” ?

Le premier adjoint, dans son habit de directeur commercial du Parti Communiste local, supervisant tout ce qui bouge, pour que cela bouge pour le seul profit de sa boutique, met ses mains dans le cambouis, et impose sa présence. Et là les choses se compliquent. Et plus encore, puisqu’il lie le dossier de rénovation du quartier Chamberton, travaillant lourdement sa réélection de conseiller général. Même lieu, mêmes personnes, il embrouille un peu plus l’affaire, la bloquant inévitablement. Il arrive à ce qu’il veut : se rendre incontournable. Sa haute autorité aurait dû le mener au rassemblement ! Et non ! diviser, et diviser encore … pour mieux régner.

Au départ, le projet mené par Zacharia devait lui convenir. La direction de la mosquée est vieillissante, moins consensuelle, et s’est accrochée une image “combinarde”, révélatrice lors des élections municipales de 1995. (La direction de la mosquée avait fait l’appoint pour le maintien des communistes)

Mais une nouvelle génération arrive.L’association Pas à Pas derrière son président Philippe Robin en est l’illustration. Celle ci veut de la lumière, de la transparence, la fin des combines, des petits arrangements toute honorant la politique par le bas. Pas de gamelles, autonomie, indépendance. Le culte et la misère n’est plus à vendre, ils restituent par l’appropriation de la parole en donnant un sens à leur engagement politique la dignité des quartiers populaires.

Ce qui oblige le premier adjoint … à faire machine arrière et à retourner aux vieux accords d’il y a 20 ans ! Reniant sa parole, repoussant les rendez-vous, oubliant d’envoyer les comptes-rendus de réunion, savonnant la planche, gagnant du temps, faisant battre les uns contre les autres, omettant de proposer des lieux possibles pour finir par proposer … un lieu inadapté. On revient à la case départ.

Et c’est ce que monsieur le maire, réduit, comme d’habitude, au rôle de missi dominici du premier adjoint, a récité lors du conseil municipal de mars. Au passage, il a pris la posture du bon élève de l’intercommunalité, puisque ça l’arrange, mettant en avant un autre projet qui sera mené par l’intercommunalité, ce qui est ni le sujet, ni la vraie demande. La vraie demande c’est d’abord et surtout une mosquée à St-Martin-d’Hères. Relevons au passage l’impolitesse (et disons le, la grossièreté) de la part des élues communistes lors de l’intervention de Zacharia. Ainsi que l’absence de point de vue des groupes politiques, autistes … opposition comprise. Le consensus était dans l’air, les différentes équipes ne faisaient qu’une !

Aux musulmans martinérois d’en tirer la leçon et de faire de même : revendiquer unis, parler d’une même voix.

Et proposer leur terrain !

[*Entretien avec Zacharia Ben Elkrafi, président de Collectif des Musulmans Martinérois.*]

Avec quelques uns des membres de l’association, nous avons décidé d’assister au conseil municipal du 30 Mars 2006.

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Zacharia Ben Elkrafi

Après la rencontre du 22 Février 2006 entre la municipalité et la FCMM. (interlocuteur qu’elle a choisi sur recommandation du culte musulman départemental et régional, sans même demander l’avis aux principaux concernés en l’occurrence les musulmans martinérois…) au sujet du choix du terrain pour la construction du futur lieu de culte. Nous nous sommes donc interrogés sur l’absence de ce sujet à l’ordre du jour du conseil. C’est pourquoi, j’ai pris l’initiative d’intervenir en tant que président de la CMM. La réponse de M le Maire fut presque désobligeante… : « Je vais donner la parole à une association qui veut parler d’un lieu de culte.. » ; comme si le maire ne connaissait ni le sujet, ni l’association. Voila donc l’indifférence et le dédain d’un élu envers les martinérois.

Cette réaction est l’illustration même de ce mépris et de ce manque de respect du Maire et de la majorité en place envers non seulement les musulmans mais également tous les martinérois.

En effet, après plus de 3 ans d’attente, la municipalité ne propose aux musulmans qu’un seul terrain alors qu’elle en avait promis 2 ou 3 au choix… encore une fois messieurs Proby et Arias vous ne vous tenez pas à vos engagements !! Après un travail de longue haleine qui a duré 3ans, sur les besoins de la communauté musulmane en terme de surface, M le Maire répond qu’il s’agit là de « chiffres fantaisistes » accompagné par le ricanement de certains élus et élues dont le directeur de cabinet, M Amar Bensaloudji.

Après avoir choisi son interlocuteur sans aucune consultation, ni du conseil municipal ni même de l’opposition (choix qui aurait été fait en toute conscience et de bon droit d’après le maire), voila que l’on nous dit aujourd’hui qu’un terrain a été choisi… où est donc la démocratie que vous appeliez de vos vœux monsieur le Maire ?

Visiblement la CMM n’a pas autorité à dialoguer sur le projet de construction du lieu de culte par contre lorsqu’il s’agit d’immigration, on veut bien nous consulter… « M Ben-Elkrafi, vous pouvez rester nous allons parler d’immigration », voila les propos tenus par M le maire… Le mépris poussé jusqu’au bout…