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Entre le droit d’’informer et le droit de comprendre

Sur le souk des idées politiques, l’association PAS à PAS donne lieu à une série de commentaires pour le moins tranchés. Pour ses propres adversaires, PAS à PAS, dans la forme qu’elle avait lors de la manifestation du 3 novembre refléterait un "échec", trouvant sa source dans la démagogie, l’opportunisme, et l’irresponsabilité. PAS à PAS soulignerait, pour d’’autres, l’émergence d’’une nouvelle force associative sur le terrain, positive, critique et susceptible de relancer les débats sur la gestion politique de la ville.

"Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus." Pascal

Quand les nouveaux visages associatifs de la critique dérangent

Sur le souk des idées politiques, l’association PAS à PAS donne lieu à une série de commentaires pour le moins tranchés. Pour ses propres adversaires, PAS à PAS, dans la forme qu’elle avait lors de la manifestation du 3 novembre refléterait un "échec", trouvant sa source dans la démagogie, l’opportunisme, et l’irresponsabilité. PAS à PAS soulignerait, pour d’’autres, l’émergence d’’une nouvelle force associative sur le terrain, positive, critique et susceptible de relancer les débats sur la gestion politique de la ville. Les élucubrations injurieuses dénonçant un "fondamentalisme" censé caractériser ceux qui émettent une critique à la gestion politique actuelle, laissent place à de naïves analyses sur ce potentiel contestataire, supposé devenir, on ne sait comment, les futurs acteurs politique martinerois "issue de l’immigration". Pour le responsable politique que vous êtes, monsieur Proby, s’’engager c’’est s’’exposer. La vie politique est une vie publique. Se porter candidat, exercer un mandat, assumer une responsabilité d’’état, c’’est placer son engagement sous le regard de ses concitoyens. Il n’y avait rien de républicains ni de démocrate ce soir là quand vous avez tout simplement nié ces nouveaux visages de la critique issue des quartiers martinerois. Parlons de ces cultures urbaines émergentes (rap, hip-hop…) que vous avez en toute impunité instrumentalisé pendant une bonne décennie pour valoriser le pôle jeunesse (1). Cette culture urbaine dont est issue l’association martinéroise R’moov ne s’inscrit pas dans la même logique que le flamenco de culture espagnole qui rappelle les origines de monsieur José Arias. Après la destruction de leurs locaux, les seuls qui sont restés sur le trottoir sont bien ces jeunes rapeurs dont l’utilité politique semble moindre aujourd’hui qu’il y a quelques années. Après la désillusion de faire carrière, la réalité : retour à la case départ, le quartier. Les seuls qui ont réussi à avoir des subventions du GPV sont les techniciens des dossiers bétonnés par le parti communiste. Il est malsain d’instrumentaliser la misère des jeunes des cités - celle des filles comme celle des garçons -, et de jouer avec les discriminations qu’ils subissent dans la ville surtout quand on n’a aucune légitimité dans les quartiers sinon à travers le pôle jeunesse. Ces discours récurrents, polis, reposant sur des principes fondateurs de la citoyenneté française, bien servis, bien relayés médiatiquement, auront finalement atteint un dessein : construire un acteur émergeant issu de la jeunesse des quartiers populaires et de l’immigration : le porte parole du parti communiste, David Queiros. Vous n’avez pas daigner messieurs Proby et Arias reconnaître les cultures urbaines made in France, et vous n’étiez pas seul ce soir là à jouer l’indifférence face à ces mouvements issus des quartiers ; France 3 aussi à fait la sourde oreille. Si nous avions brûlé ou crié des allah akbar ce soir là, nous aurions fait la une sur la messe de 19h. Mais critiquer est plus facile que remercier. Nous, PAS à PAS, remercions l’honnêteté intellectuelle et l’objectivité dont a fait preuve le journaliste du DL (2), faisant ainsi honneur à sa profession.

La logique politique a gagné sur la logique communautaire

Pour comprendre les registres de l’’action de PAS à PAS et saisir ce qui se joue au sein de la carte politique martinéroise, on ne peut se contenter d’’en rester à ce niveau d’’analyse. Un des aspects les plus saillants est sans doute la perte d’’influence des formes d’’organisation que la mairie a mis en place depuis 30 ans, fondées sur le clientélisme et le paternalisme. Il faut amener quelques précisions et donner quelques détails afin que le regard global porté sur le tableau gagne en profondeur. La veille du bilan de son demi mandat, le maire et son adjoint, après une quinzaine de jours de doute d’incertitude et quelques articles sur Muslim-mag et sur le site officiel de PAS à PAS, ont invité le CMM le matin (faut-il y voir le signe précurseur d’’une arnaque annoncée…..) et monsieur Debza et Mouhammad Kasmi en remorque l’après midi. Mais où est donc passé le président de FCMM ? Aurait-il attrapé le virus du sentiment de l’indifférence ? Des débats ont eu lieu afin de saisir l’implication de PAS à PAS et craignant que le dossier de la mosquée ne se politise sur le champs social. Voila un dossier qui a traîné plus d’une vingtaine d’années et qui se règle en quelques semaines. La logique politique a gagné sur la logique communautaire. Le modèle d’’organisation qui structure de plus en plus le champ contestataire est celui de la vie associative autonome, s’intéressant à rationaliser le débat et à résorber les injustices criantes que vivent spécifiquement les citoyens musulmans.

Mise en contexte

Fin 1998, Grenoble et Saint Martin d’’Hères décidaient d’’élaborer conjointement un projet de renouvellement urbain. Cette réflexion s’’est finalisée sous forme d’’un Grand Projet de Ville (GPV) (3), retenu le 14 décembre 2000 par le Comité Interministériel des Villes comme l’’un des 50 sites qui bénéficieront en France de ce type de programme. Sur la période 2000-2006, l’’Etat consacrera 15,2 millions d’’euros à la réalisation du Grand projet de ville.Concrètement, le GPV correspond à la mise en œuvre renforcée des opérations énoncées dans le contrat de ville de l’’agglomération au niveau de quartiers clairement identifiés. Le territoire concerné couvre les quartiers Teissère-Jouhaux à Grenoble et Renaudie, Teissère, Zac Centre et le groupe Chamberton à Saint Martin d’’Hères. Avec pour ambition d’’imaginer et créer la ville de demain, le GPV s’’attachera sur la période 2000-2006 à renouveler et aménager l’’environnement urbain, en installant ou en renforçant les services et activités. A terme, l’’objectif est de permettre à ces quartiers de bénéficier et de participer de la même dynamique que l’’ensemble du territoire l’’agglomération.

Comment les citoyens martinérois très peu informés contribuent au bon fonctionnement du GPV

La ville essaye d’expliquer ce projet aux habitants à la MJC chante grenouille. Pas habitué à parler avec leur concitoyens, nos élus (démocratie participative oblige chez nos élus martinerois) prennent conscience du décalage et la pauvreté politique des habitants. Quelques acteurs associatifs impulsés par monsieur Arias émergent sur la scène du GPV ; ainsi est née l’association autour de Chamberton à travers monsieur Alaoui. Au quartier Renaudie, l’ancien directeur de la MJC chante grenouille, membre du parti communiste, l’architecte monsieur Zakaria ben Elkrafi et des membres des verts et de la gauche autrement ont fondé un collectif Mozaïk, autour de Potié affaiblissant ainsi une autre association plus ancienne sur le terrain, Terrasses Renaudie (4). Dans ce collectif, Maison Des Jeunes (MDJ) (5), très peu expérimentée (née après des articles qui stigmatisaient son quartier) vivait ses premières expériences. Réunion après réunion les divisions dans le collectif se profilent. Xavier Denizot, membre fondateur de Terrasses Renaudie, vieux loup de la politique, freine les ambitions grandissantes de l’architecte. Monsieur ben Elkrafi, quant à lui s’impose comme une alternative et fait barrage à un homme qui dérange beaucoup José Arias. L’association Terrasses Renaudie éclate : une partie soutient ben Elkrafi et l’autre reste fidèle à Xavier Denizot ; ils apprendront à leur dépend la triste réalité. Quant à l’association MDJ, dépassée par sa propre réalité et ne pouvant pas comprendre le charabia du GPV instrumentalisé, laisse aux dinosaures et techniciens le dossier de subvention du GPV (ainsi est né le projet Mosaïk café).

Recomposition de la carte communautaire à saint martin d’hères

S’en suit l’exposition puis le parcours du train qui légitime devant la métro l’association Autour de Potié. Une ombre plane sur Terrasses Renaudie, qui riche de longue années d’expérience avait sauvegardé la mixité sociale dans le quartier. Une guerre médiatique entre les deux associations fait s’opposer les deux hommes. Monsieur José Arias gagne du terrain au détriment de Xavier Denizot. Son poulain vient d’isoler son pire adversaire. C’est sans compter sur celui-ci ; Xavier Denizot attaque le talon d’Achille de la mairie : la mosquée Omar et crée le trouble sur la thématique de la sécurité des riverains ; la propagande du raciste du coin, pour certains, se met en marche. Mais notre cher Denizot, qui n’en reste pas moins un homme de convictions et d’engagement, déçu par la gauche se tourne vers le centre (UDF). Une lettre personnalisée de celui-ci au premier magistrat de la ville dénonce des difficultés de stationnement et fait sentir le pire si bien que le DL met en relief le quartier Renaudie et les difficultés de vie de ses habitants. Dans cet article (6), monsieur ben Elkrafi se fait le grand défenseur de la mosquée et de la communauté musulmane. La mairie est sous le feu des médias. Très peu formée et inconsciente des rapports de force, MDJ fait sa première journée contre la violence et interroge les carences de la ville dans sa gestion des quartiers. Monsieur José Arias redessine alors la carte communautaire à saint martin d’hères. L’ACFOMA n’est plus en adéquation avec la nouvelle thèse du terrain, elle n’est plus rentable pour la ville. Monsieur José Arias veut placer monsieur ben Elkrafi au détriment monsieur Debza, vieux loup de la boulitique bien de chez nous. Connaissant trop bien la machine, il rappelle qu’il est bien l’interlocuteur privilégié des instances politiques, qu’il a l’intention de le rester, et qu’il incarne la communauté musulmane à Saint Martin d’Hères.

Comment les citoyens musulmans martinerois très peu informés contribuent au bon fonctionnement du projet de la future mosquée

Selon la même méthode que pour le GPV, quelques acteurs musulmans décident de réunir sous la bannière de la sacro sainte unité musulmane, et font fi de vingt ans d’expérience associative musulmane. La préparation de la réunion ainsi que l’ordre du jour sont décidés sans les responsables associatifs de l’ACFOMA et ceux de l’association dite intégriste AMI. Les mêmes acteurs que précédement, à leur tête le président de l’’association Autour de Potié, essayent d’expliquer ce projet aux habitants lors d’une rencontre à la MJC chante grenouille ; ça sent le déjà vu. Les mêmes acteurs que pour le GPV réunissent une centaines de musulmans martinérois, majoritairement ceux qui fréquentent la mosquée Omar. Après des discussions houleuses, un groupe de travail de dix personnes émerge. Rebelote ! On gère comme on a géré l’association Autour de Potié : on isole au maximum ceux qui dérangent au projet.

Deux ou trois individus comprennent les rouages. Le reste, comme MDJ dont quelques uns font parti, sont dépassés et ne font que valider le projet sans en comprendre ni les tenants ni les aboutissants. Censé n’être que le coté technique et non le coté politique, le groupe de travail veut noyer les deux associations dans le projet et, d’une pierre deux coups, monter un collectif. L’AMI interpelle l’ACFOMA sur ce nouvelle acteur mutant qui revendique la paternité à juste titre et qui veut sa part. Le deal ne marche pas les contours de ces nouveaux acteurs dans le monde associatif musulman n’est pas discernable. Bras politique de la ville ou bien personne qui veulent en finir avec une certaine incompétence ? Ce voyant dépassé par la différenciation des lieux de prise de décision l’ACFOMA ainsi que l’AMI créent la fédération cultuelle musulmane martinéroise (FCMM)

Les musulmans martinerois, otages du politique

Une chose est sure, les musulmans martinerois deviennent les otages du politique. Le dossier qui hier s’enlisait sous prétexte de division des musulmans -et les pouvoirs publics vont joué sur cette pseudo division- se débloque sous la pression des forces associatives de résistance. Le maire, aujourd’hui, est un homme soutenu par la majorité de la gauche plurielle et apprécié par les jeunes. Attentif et à l’écoute des revendication, il comprend la complexité (il ne faut pas toucher à notre imam). Il veut s’affirmer comme le patron de la ville. Au contraire, son adjoint soutenu par le parti communiste, tente de transformer ce deal en un réservoir électoral afin que les musulmans martinérois deviennent les variables d’ajustement de la sphère politique vis à vis de la société civile. La seule alternative à toute cette mascarade est notre bien aimé et grand imam Mouhammad Kasmi, le seul qui pourra départager les deux belligérants. Il me rappelle notre bien aimé prophète Mouhammad que la prière d’Allah soit sur lui lorsque les tribus de Qouraich se battaient pour savoir qui aurait l’honneur de mettre la pierre noire à sa place. C’’est grâce à l’homme de confiance qu’’elles ont pu finalement trancher l’’affaire.

Faut il faire taire Pas a Pas

Connaître ses limites et saisir la notion de l’unité Pourquoi s’’engager, pourquoi choisir la responsabilité, pourquoi quitter l’’état de spectateur pour rejoindre celui d’’acteur ? Y a t-il un choix, une alchimie qui lie intimement un regard sur le quartier tel qu’’il est, une réflexion personnelle sur ce qu’’il devrait être, la décision d’’agir pour qu’’il change ? Etre conscient du besoin, de la volonté de servir et de se prendre en charge. Faire acte de maturité. C’est sur ce type de questionnements qu’est née PAS à PAS, afin de ne plus être les oubliés de la république. Elle est née de ceux qui pensent, à l’intérieur de la vie associative musulmane, que réussir seul n’est pas réussir. Il n’’y aura pas d’’engagement sans partage.

Un engagement "par le bas"

Je ne nie pas l’’influence des personnalités issues de la vie associative musulmane, mais je ne crois pas au rôle exclusif du « super imam ». Aujourd’hui la FAMI (fédération des associations musulmanes de l’Isère) vient de voir le jour et les musulmans savent à peine quel rôle elle aura à jouer dans le futur et quels sont clairement ses contours en terme de champs de travail et d’action. Le responsable solitaire qui multiplie les fonctions comme un caméléon puisqu’il est aussi le président du centre culturel islamique de Grenoble (voir s’il n’y a pas ici des incompatibilité ?!? peut être serait-il préférable de laisser la direction à d’autres et ne pas faire des cumuls de mandats, sinon le centre deviendra un salon de thé) fait de la démagogie on nous disant, "pouvoir apporter un soutient a ceux qui souhaitent créer et mettre en place des lieux de culte et qu’il se mette en place une solidarité entre les lieux existant déjà… " (7) A-t-il pris la peine de discuter avec ceux et celles qui allaient manifester pour la mosquée de St Martin d’Hères ? Méprisant du coups celles et ceux qu’’il est censé représenter. Pour moi, agir, c’’est partager des défis, pour maîtriser avec ses frères et soeurs, et d’’autres, qui n’ont pas les mêmes idées une destinée que l’’on sait commune. C’’est lorsque l’on s’’inscrit dans une démarche collective que l’’engagement d’’un individu peut prendre toute sa force, monsieur Lotfi Makhlouf. Mais on oublie vite le passé, l’exemple le plus frappant est celui de Hakim Nadir. Une des conditions de la foi vivante, est l’action avec les frères et les sœurs, conscient de partager avec les autres un même espace, une même communauté. La foi et la conscience de l’action seraient ainsi réconciliées. Mieux, la distinction entre la tête et le coeur aurait cessé d’être. Notre engagement doit s’effectuer par le bas. Aujourd’hui tout un foisonnement associatif issu des quartiers est relégué et renié. Il subi l’indifférence et assiste à l’émergence d’’un islam consulaire qui accepte et voudrait faire accepter l’idée que la problématique des banlieues est totalement liée à celle de l’Islam ; la preuve en est le recteur de la mosquée de paris, monsieur Dalil Boubaker qui sert de tampon politico médiatique alors qu’il ne représente rien sur le terrain en terme d’action sociale et d’accompagnement. En définitive, c’est au niveau local, au plus près des citoyens, que notre intervention pourra influer sur la vie quotidienne. Tel sera la direction majeure de notre action. Il s’agit désormais de traduire politiquement notre expérience, notre originalité, notre légitimité, notre éthique et nos projets, au sein d’une force citoyenne libre et indépendante. Il n’y a pas d’autres alternatives si nous voulons que soient pris en compte nos problèmes et mises en œuvre nos solutions.

Je terminerais en citant Tariq Ramadan qui disait dans un cadre de formation : "Il faut s’’engager dans des projets locaux, des projets de proximité, par lesquels on doit lutter contre le chômage, l’’exclusion, la marginalité et l’’ensemble des fractures sociales. Ce refus ne peut s’’exprimer, comme c’’est encore souvent le cas pour les musulmans, par la seule mise en place de projets fondés sur le bénévolat ou la solidarité. La justice est un droit, non un cadeau, ni une charité. A terme, la résistance passe nécessairement par l’’engagement citoyen et politique. Refuser les passe-droits, exiger que les volontés politiques soient explicitées, demander des comptes, questionner les choix de politique sociale, sont autant d’’attitudes qui doivent permettre aux citoyens de confession musulmane de participer avec les autres à réformer leurs sociétés. A tous les niveaux, des initiatives sont attendues qui permettent des gestions économiques alternatives et, surtout, un retour de la politique à sa véritable vocation fondée sur le débat et la participation citoyenne. Pour les musulmans comme pour tous les êtres humains, pas de résistance sans participation.