A la suite d’une conférence donnée à Genève, quelques participants relevaient que les propos étaient « clairs », « intéressants » et « ouverts »... mais que, bien sûr, ce n’était point le même que celui que je délivrais dans les banlieues ! Une évidence
Trois jours plus tard, à Stockholm... à la fin d’une présentation, deux femmes, très convaincues, viennent me formuler la même conclusion. Quelques jours plus tôt, en Belgique, dans le magazine qui présentait les lauréats d’un prix européen, je lisais la même évidence concernant mon discours « plus radical » dans les banlieues.
Depuis vingt ans tout ce que je produis est public : les cassettes sont distribuées, les livres diffusés et ce site présente l’essence de ma pensée et de mon travail. Il n’empêche.
Or donc, la logique impose que « les jeunes des banlieues » n’aient accès ni à mes livres, ni à mes cassettes, ni à mon site car enfin ils découvriraient ma duplicité... Ou alors « les jeunes des banlieues » ne lisent pas, n’écoutent pas de cassettes et sont une matière influençable et malléable à merci, objet de l’endoctrinement des esprits les plus pervers. Le « prêcheur », le « semi-intellectuel », le « corano-télé-évangéliste » y joue sur du velours, les petits esprits banlieusards n’y voient que du feu, isolés du monde de l’intelligence et des subtilités idéologiques. Sans doute ne consultent-ils pas le site Internet ... la banlieue, c’est sans doute encore le Moyen-Age ou alors... on a dû trouver un moyen de leur en empêcher l’accès. Ce site, c’est sûr, est "interdit aux banlieues".
A moins, comme le relevait un jour Laurent Lévy, que tous "les sauvageons" soient de mèche. C’est alors le contraire qui serait vrai. Le bon « Européen ou Français de souche » n’y verrait que du feu alors que les « Arabes » et les « musulmans » - et aussi un peu les « Noirs » - auraient les moyens, eux, de décoder le double sens des discours délivrés sur les cassettes et sur ce site. Ils sont de la même veine, ils ont le même esprit retors... et sans doute un peu les mêmes gênes. C’est bien connu, au fond, la banlieue a une autre façon de s’exprimer et d’entendre... il faut savoir leur parler et qui mieux qu’un « Arabe », un « musulman malin » et « habile » peut y parvenir. L’ « ennemi » a désormais le décodage « intelligent ».
La banlieue au fond, c’est... soit le repère sombre des Arabes et des Noirs, des brutes, des voyous, de la « racaille » masculine, manipulable sans limite... soit l’antre fermé des esprits fourbes, au langage codé et à la sophistication intellectuelle particulièrement perverse. C’est, dans les deux cas, un territoire défendu pour les esprits raffinés et transparents, c’est l’univers de "l’autre" massif et opaque. C’est le danger... un parfum de la gangrène ennemie qui nous colonise de l’intérieur.
Tous les moyens sont bons pour s’en protéger. Comme de mettre un écran de fumée devant un discours qui dirait quelques vérités difficiles à entendre dans les salons et parmi les élites... dans les autres ghettos de la République : ceux où vit la France de très haut. Comme de se donner, coûte que coûte, les moyens d’une audition sélective, d’une « double audition », parce que l’on ne sait plus entendre la clarté d’un propos qui dérange parce qu’il va au bout des dynamiques historiques autant que de la cohérence éthique. Oui, les Français des banlieues parlent et parleront de plus en plus pour eux-mêmes de façon autonome et citoyenne ; oui, il faudra appliquer la laïcité, toute la laïcité, de façon stricte et égalitaire...pour les musulmans comme pour les autres ; oui, il faudra protéger le droit de vivre et de s’habiller librement même si cette liberté ne correspond pas aux canons de la liberté d’une religion des Lumières devenue très dogmatique ; oui, on a le droit de critiquer les gouvernements israéliens et saoudiens sans être traités d’antisémites et d’islamophobes. Oui, oui...la banlieue sort de son ghetto et exige que l’histoire enseignée de l’Europe et de la France « intègre » et officialise l’enseignement de leurs mémoires. Par justice, par dignité...par décence, et probité.
Tous les écrans de fumée qui qualifieront ce propos de « double discours » ... pour faire en sorte qu’on ne l’entende pas, pour installer une surdité fonctionnelle... tous ces écrans ne changeront rien.
On sourira demain des aveuglements pathologiques qui habitent les présents esprits. La réalité s’imposera à ceux qui refusent de la voir. La patience s’impose, autant que la détermination.


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